Charte de rédaction

Présentation du projet du Dictionnaire de Français Scientifique Médiéval

Historique

Lors de la conception préalable du Dictionnaire de Moyen Français, un lexique de la langue scientifique (XIVe –XVe siècles) avait été élaboré sous la direction de Danielle Jacquart et de Claude Thomasset et à l’instigation de Robert Martin, dans le cadre de l’INALF. Cette réalisation, effectuée à partir d’un corpus d’une quinzaine de textes édités, dans les domaines de la médecine, des mathématiques, de l’astronomie et des mathématiques, a été publiée en format papier aux éditions Klincksieck en 1998, et depuis, est accessible en ligne sur le site du Dictionnaire de Moyen Français ( www.atilf.fr) où il a été fondu avec d’autres glossaires pour un état du lexique français de cette période.

Le Dictionnaire du Français Scientifique Médiéval, dictionnaire spécialisé d’histoire de terminologies, s’appuie sur ces premiers relevés, mais les enrichit par un nombre de textes beaucoup plus importants (environ une centaine de textes), inédits ou édités, et avec une chronologie plus large (du XIIe siècle à la fin du XVe siècle). Il s’agit de montrer les potentialités françaises dans la création terminologique. A cette occasion, de nouveaux domaines ont été intégrés (zoologie, botanique, architecture, physique, musique, géologie).

Commencé dans le cadre d’une ANR CREALSCIENCE (ANR 10-CREA-007-01 -2010-2014), qui associait l’EA 4509 STIH de l’université Paris-Sorbonne et l’UMR LDI de Paris 13, il est actuellement élaboré avec une équipe pluridisciplinaire associant lexicologues, philologues, linguistes et historiens des sciences médiévales français et étrangers, avec le soutien de l’EA STIH. En janvier 2018, il comprend plus de 3000 entrées pour les seules lettres A, B, C.

Un partenariat s’est instauré au cours du programme ANR avec l’Anglo-norman Dictionary (dir. D. Trotter) et le DMF (UMR ATILF).

Pour les relations avec la langue usuelle, des liens seront effectués avec les bases de dictionnaire existantes : Anglo-norman Dictionary, Dictionnaire Étymologique de l’Ancien Français, Dictionnaire de Moyen Français, Trésor de la Langue Française (TLFI).

Principes méthodologiques

L’élaboration du dictionnaire s’est effectuée sur la base d’une réflexion méthodologique sur ce qui constitue l’ossature même d’un dictionnaire historique de terminologie : les domaines scientifiques, le corpus de textes, l’origine des termes, leurs définitions. A ces différents points, il a fallu ajouter également, en raison de l’état linguistique, des normes dans l’établissement de l’entrée de la notice, et un inventaire des synonymes, indispensable dans une période de création terminologique.

  • Domaines

Une terminologie n’existe pas sans domaines ou champs disciplinaires : or le périmètre des sciences n’est pas le même que celui de l’époque contemporaine. Le choix a donc été fait d’associer catégories médiévales et contemporaines, pour montrer la continuité ou les ruptures éventuelles. Certaines présences peuvent surprendre comme les sciences de la divination : elles sont référencées en tant que relevant d’une approche rationnelle et systématique au Moyen Age, et du modèle épistémique propre à cette période.

  • Corpus

Le Dictionnaire du Français Scientifique Médiéval est élaboré à partir de relevés effectués dans un corpus d’environ 90 textes et 130 éditions et manuscrits, de la fin du XIe siècle à 1500, correspondant aux domaines disciplinaires.

La collaboration avec les équipes duDictionnaire Etymologique de l’Ancien Français (DEAF), et du Dictionnaire de Moyen Français (DMF), a permis d’intégrer également les usages scientifiques du français médiéval qui ont pu être relevés dans ces cadres.

  • Etymologie

Les textes scientifiques sont souvent riches en emprunts latins, grec, arabes ou à d’autres langues. L’étymologie permet de rappeler ces origines. Chaque notice de dictionnaire présente ainsi l’étymon du terme, fondé sur les notices du Französisches etymologisches Wörterbuch (FEW), ou, s’il n’y est pas présent, son origine linguistique.

  • Définitions

Définir un terme médiéval est d’autant plus complexe que l’écart conceptuel est grand. Nous avons pris le parti de donner une définition qui évite, autant que faire se peut, les anachronismes et tente de rendre compte des concepts médiévaux, avec le risque de définitions qui peuvent paraître étranges ou lointaines. Nous avons également évité toute référence à des classifications postérieures (la classification Linné par exemple) dans la définition en tant que telles. En revanche, les notes encyclopédiques permettent de donner des renseignements complémentaires (historiques, bibliographiques, linguistiques par exemple) et d’établir éventuellement le lien avec les connaissances contemporaines. Ces définitions ont été élaborées dans un premier temps par un rédacteur relevant du domaine, puis ont été reprises et complétées dans des réunions effectuées par spécialistes du même domaine avant d’être validées par l’ensemble de l’équipe.

  • Entrée

À la différence du français contemporain, le français médiéval est soumis à variation dialectale et graphique, d’où une complexité pour choisir la forme graphique qui sert de lemme. Le choix de la forme moderne a été privilégié, avec un système de renvois pour les autres formes présentes dans les textes. Quand elle n’existe pas en français moderne, le lemme est sous la forme la moins marquée dialectalement.

Des termes « latins » sont aussi répertoriés comme entrées, dans la mesure où ils sont attestés dans les textes français et apparaissent comme des variantes par rapport à d’autres emprunts dont la morphologie est française. Nous les avons considérés comme des « nomen », c’est-à-dire des xénismes employés en français.

  • Synonymes

La période médiévale se caractérise par une multiplicité de termes pour un même concept, avec des variations ou des reprises. L’un des enjeux du dictionnaire est justement de montrer la variation et la diversité ainsi que les potentialités du français. Chaque notice propose une liste de synonymes pour les concepts proposés.

Protocole d’édition

Plan de l’article complet :

Entrée : libellée en français moderne, sauf quand le terme n’existe plus. Dans ce cas est privilégiée la forme la moins marquée dialectalement.

Si la forme latine est utilisée dans un texte français, dans ce cas c’est un nomen qui donne lieu à un article complet. Il est libellé sous sa forme latine, avec définition et citation ex : favonius (entrée de nomen), favone (entrée française). Même cas pour les formes arabes, grecques ou d’autres langues.

Si la forme usuelle médiévale a disparu au profit d’une forme savante, l’entrée du terme se fait sous les deux formes avec renvoi: ex. aerdre maintenu comme entrée à côté de adhérer, forme savante postérieure dans les textes avec une même définition et une répartition des citations selon la forme employée à l’intérieur.

Variantes graphiques

Ce sont des variantes dialectales ou de translittération. Elles sont renseignées sous l’entrée en français moderne. Le nombre des variantes n’est pas limité a priori.

Catégorie grammaticale

Elle est systématiquement renseignée.

Liste des abréviations : adj. (adjectif), adv., (adverbe) nom, part. prést. (participe présent), part. passé (participe passé), verbe trans. (transitif), verbe intrans. (intransitif), verbe pronom. (pronominal).

Cas des emplois grammaticaux : quand le verbe a plusieurs emplois grammaticalement différents, la catégorie donnée est verbe.

Un mot connaissant plusieurs types d’emplois voit ceux-ci dégroupés avec des rubriques précisant l’emploi : par exemple coaguler verbe, trans. ; pronom.

Etymon :

L’étymologie est celle qui est donnée dans leFranzösisches etymologisches Wörterbuch sous la forme : FEW tome, col. Etymon.

Quand elle ne se trouve pas dans ce dictionnaire, on indique la mention suivante FEW Ø, puis est précisée l’origine linguistique quand on la connaît et l’étymon. Si l’origine n’est pas déterminée, on le signale par un point d’interrogation.

Domaines

CLASSIFICATION MEDIEVALE

CLASSIFICATION CONTEMPORAINE

Agriculture

Agronomie

Architecture

Architecture

Art de la divination (=divination)

Magie

Art magique

Magie

Astronomie

Astronomie

Astronomie

Astrologie

Géométrie

Géométrie

Médecine

Médecine

Médecine

Chirurgie

Médecine

Anatomie

Médecine

Diététique

Médecine

Pharmacopée

Musique

Théorie de la musique

Sciences de la nature

Météorologie

Sciences de la nature

Physique

Sciences de la nature

Optique

Sciences de la nature

Minéralogie

Sciences de la nature

Botanique

Sciences de la nature

Zoologie

Sciences de la nature

Chimie

Sciences mathématiques (= mathématique)

Mathématique

Sciences mathématiques (= mathématique)

Arithmétique

Sciences mathématiques (= mathématique)

Algèbre

Définition

Plusieurs règles de rédaction sont appliquées :

1 / La définition se fait par propriétés, genre commun et différences spécifiques : elle n’a pas à être synonymique, ni traduire ni reprendre le terme.

2/ La définition évite les anachronismes conceptuels ou linguistiques autant que possible.

3/ Si la définition comprend un terme médiéval, défini par le dictionnaire, on renvoie à la définition proposée en signalant par un astérisque placé après le mot.

4/ L’entrée de l’article n’est pas reprise dans la définition et aucun commentaire métalinguistique ne doit y figurer.

5/ Les commentaires sur les phénomènes de polysémie (par extension par métaphore, métonymie…) figurent en note encyclopédique.

Synonymes :

Les synonymes ne sont pas des variantes graphiques. Ils ont une forme structurellement différente de celle de l’entrée. Ils sont renseignés dans un champ à part. Leur nombre n’est pas limité a priori.

Note encyclopédique :

Elle est renseignée, pour compléter éventuellement la définition ou apporter des renseignements complémentaires (historiques, bibliographiques, linguistiques par exemple) permettant au lecteur d’appréhender la différence entre les concepts et d’établir éventuellement le lien avec les connaissances contemporaines. Ces notes sont signées par leurs auteurs.

Citation(s)

1/ Les citations sont de préférence définitoires.

2/ Elles correspondent à une phrase entière sauf lorsque leur longueur est excessive et les informations données peu pertinentes pour la définition du terme.

Dans ce cas, la coupure est signalée par trois points de suspension entre crochets.

3/ Le fragment est évité sauf dans le cas de glossaires médiévaux

4/ Nombre de citations : une par auteur et par ouvrage en moyenne. Si l’auteur a écrit plusieurs ouvrages, autant de citations que d’œuvres dépouillées.

5/ Entrée sans citation : dans ce cas, il n’y a pas d’occurrence dans le corpus, mais le terme est attesté dans des dictionnaires ou dans des ouvrages non encore inclus dans le corpus définitivement.

6/ Les citations apparaissent dans l’état constaté dans le corpus, sans adaptation en français moderne. Si l’édition ou le manuscrit qui ont été consultés présentent à l’évidence une faute, la correction est signalée par l’italique.

7 /Références de la citation :

Elles sont données sous cette forme :

. Anonyme ou nom d’auteur, titre abrégé aux premiers mots, dates, page ou folio.

Dans le cas d’une traduction :

. Anonyme ou nom d’auteur/traducteur [Source], titre abrégé aux premiers mots, date, page ou folio.

Pour les noms d’auteur et les titres, l’harmonisation se fait en fonction de deux sources bibliographiques : Manuel Bibliographique de Bossuat et Dictionnaire des Lettres Françaises, ou, à défaut, l’édition.

Pour les dates : elles sont de manière générale celles de la rédaction supposée, avec quelques variations :

1er cas : date de la rédaction supposée correspondant à un état du texte conservé dans un manuscrit.

2e cas : date de la rédaction supposée pour un texte avec édition de référence, même si manuscrits ultérieurs.

3e cas : Une édition de référence : version 1 avec date de rédaction ; un manuscrit qui diverge (version 2 avec date du manuscrit)

4e cas : une date de composition (voir Jean Corbechon) mais des éditions fragmentaires : versions numérotées ou avec contenu thématique abrégé ; date de composition de l’œuvre maintenue

5e cas : une date de composition, des éditions de la fin du XV e ou du XVIe divergentes de la copie manuscrite connue ou supposée : version 1 date du manuscrit ; version 2 et suivantes dates de l’imprimé.

Abréviations des références :

Chapitre : chap.

Traité : Tr.

Folio : fol.

Page : p.

Mots composés :

Ce sont des sous-entrées de la notice de dictionnaire : ils donnent lieu à des définitions, des citations référencées, des notes encyclopédiques, des variantes et des synonymes.

Il s’agit en général d’un syntagme nom + adjectif, qu’il faut traiter sous le nom, même si l’adjectif est le premier constituant. Ils ne donnent pas lieu à un article avec renvoi sauf si le premier constituant est un adjectif.